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Ça s’en va et ça revient ! Après une matinée riche en contenu et réflexion,  le NWX Summer Festival continue avec une après-midi qui promet d’être trépidante ! Au programme, des invités stars : Gilles Babinet, représentant de la France auprès de la Commission Européenne pour les questions numériques ; Eric Sadin, philosophe et écrivain, qui a d’ailleurs publié trois jours auparavant une tribune dans Libération intitulée  » Grandeur et misère de la french tech » et Olivier Crouzet, directeur des études de l’Ecole 42 de Xavier Niel. Tous les trois ont des points de vue bien tranchés sur la révolution digitale. D’un côté nous avons le pro-numérique, le philosophe critique et le pédagogue qui croit en un nouveau modèle d’éducation. Autant dire que le débat s’annonce vif et riche en rebondissements !

Conférence sur le web de demain avec Gilles Babinet, Eric Sadin et l'école 42

L’école 42 : vers un nouveau modèle d’éducation ?

L’ouverture du débat commence avec la présentation de l’école 42. Olivier Crouzet et son élève développeur nous font un topo sur leur nouvelle pédagogie et sur le système d’éducation que l’école 42 veut porter. Je vous avouerai que j’avais déjà entendu parler de cette fameuse « école 42 » fondée par le patron de Free mais je n’en savais pas plus que ça … Ne me jetez pas la pierre, Pierre 😉 Alors, pour les demi-ignorants comme moi, l’école 42 c’est quoi ?

« C’est une école de geeks » déclare Olivier. Basée à Paris, l’école 42 propose un nouveau modèle d’éducation dans laquelle l’excellence reste accessible à tous. Scolarité gratuite, pas de diplômes pré-requis, la sélection se fait uniquement sur les compétences de chacun. Olivier Crouzet ajoute que 40 % de leurs élèves n’ont pas leur bac et sont pourtant excellents dans ce qu’ils font. La motivation et les compétences sont les clefs de la réussite à l’école 42. D’ailleurs, il n’y a pas de limite de temps pour le cursus des étudiants,  il est évalué à 3 ans en moyenne,  mais chacun va à son propre rythme. Ici, on termine ses études quand on a fini ! Formés pour devenir des développeurs, les étudiants sont la majeure partie en auto-apprentissage. Ce qui a le don de révolter Eric Sadin, qui considère que la valeur ajoutée d’un professeur est indispensable dans l’apprentissage et l’accès au savoir de l’étudiant. Et il insiste bien sur « accès au savoir ».  Pour Eric Sadin, le web ne donnerait pas accès au savoir mais à l’information.  De plus, « l’autonomisation » des 2/3 ans des apprentis développeurs n’est pas suffisante selon lui. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui les développeurs ont un pouvoir sur notre existence. Ils devraient donc avoir ce devoir de responsabilité sociétale et de conscience collective. Eric Sadin remet donc en cause le modèle de l’école 42 en se posant la question s’il est applicable à tous les champs du savoir ? Et surtout est-ce souhaitable ? Ça commence à chauffer sur scène ! Et surprise totale, au lieu de parler « révolution digitale » comme convenu, nous dérivons sur l’éducation. En même temps cela semble logique insiste Gilles Babinet, qui considère que la révolution digitale passe avant tout par l’éducation ; c’est la base de tout changement.

Qui contrôle, ou devrait contrôler, la révolution digitale ?

Revenons à nos moutons et parlons révolution digitale ! Et oui, c’est tout de même le sujet de la conférence ! Gilles Babinet commence le match, en déclarant que, face à la révolution numérique, les politiques sont très souvent perdus et déconnectés. Ils sont souvent incapables de se projeter et de prévoir le web de demain. Gilles Babinet vient de s’attirer les foudres d’Eric Sadin … « Gilles, je vous ai trouvé très sympathique dans la voiture qui est venue nous chercher … » Fous rires dans le public ! Quel humour !

Coup de tonnerre

Pour Eric Sadin, c’est trop facile d’accuser les politiques et c’est cliché de dire qu’ils ne comprennent rien au numérique. Ce serait plutôt aux citoyens et moins aux politiques, de créer des contre-pouvoirs au développement numérique actuel.

Les nouvelles technologies nous rendent-t-elles tous cinglés ?

Selon Eric Sadin, les nouvelles technologies sont perverses, elles s’immiscent dans notre intimité. De la récolte d’infos très privées aux objets connectés ; le monde numérique tend à dominer nos existences selon lui. Et ce modèle là, ça ne fait pas rêver Eric. Non, lui souhaite un monde où les consommateurs prendraient leur part de responsabilité et sauraient dire trop c’est trop ! Prenons un parfait exemple témoignant de  » l’apparition psychiatrique sous couvert du festif » dixit Eric Sadin : l’implant party, qui a eu lieu le 13 juin à la Gaité à Paris, a commencé à sonner l’heure des cyborgs ! Le public s’est lancé dans une nouvelle forme d’euphorie : l’insertion d’une puce dans la main pour la modique somme de 200 € … Et c’est le fait que cette pratique soit accompagnée du mot « festif » qui dérange Eric Sadin.

La question se pose, entre Gilles et Eric, serons-nous un jour cannibaliser par les machines ? L’intelligence artificielle remplacera-t-elle l’humain ? Sommes-nous prêts à tout accepter au nom du progrès technologique ? Les deux dernières questions c’est plutôt moi qui me les pose en réalité.

Implant party à Paris le 13 juin 2015
Implant Party à Paris [© Dan Taylor/Futur en Seine]

L’eldorado des start-ups ?

Petite pause clope/pipi/café et c’est reparti pour la seconde partie de la conférence ! Au menu, on va parler des start-ups. Ces jeunes entrepreneurs qui ont une idée en tête et lèvent des fonds, ou pas, pour voir naître leur business et l’étendre aux consommateurs.

3 intervenants font leur entrée sur scène :

  • Victor Beaubourg : créateur et dirigeant de  marché-privé.com qui favorise le web-to-store local
  • Sébastien Poncelet : créateur de l’application mobile « God Bless you » qui bénit d’un signe de croix les photos de vos proches (What ?)
  • Clément Michel : créateur de Synhack qui est une jeune entreprise dans la sécurité des données numériques

Confrontés au philosophe et au digital champion, les jeunes startupers se présentent à tour de rôle.

1er candidat : Victor, un peu impressionné par le charisme de ses voisins, commence à présenter son business. Un site qui privilégie la relation client et qui ramènent les internautes vers les magasins physiques.  Site de ventes privées locales avec des bons plans, ça ressemble pas mal au géant Groupon, non ? Bref, Eric Sadin apprécie beaucoup cette première partie de présentation mais va vite désenchanter lorsque Victor annonce qu’à l’avenir il aimerait développer sa méthode de CRM en développant les données liées au comportementales des internautes. « C’est un peu le retour du refoulé contemporain ! » s’exclame Monsieur Sadin. Il lui pose d’ailleurs cette question innocente : « plutôt que de faire comme tout le monde, n’avez-vous pas pensé à faire autre chose ? » Mais qu’entend-t-il par là ? En effet, si le business fonctionne bien pourquoi se creuser les méninges pour faire autrement ? Pour le philosophe, il est essentiel de confronter ses idées pour avancer intelligemment, pour aller plus loin et ne pas se contenter de l’existant. C’est ça pour lui la vraie innovation. Mais pas toujours facile de trouver l’idée du siècle et d’aller à contre courant !

2ème candidat : Sébastien Poncelet et son application mobile hallucinante « God bless you » qui bénit les photos de vos proches. C’est la surprise générale – stupéfaction sur scène et dans le public ! Exemple type, selon Eric Sadin, que la folie peut se banaliser, « tout ce qui est imaginable est réalisable ». Et c’est bien l’intention de Sébastien que de concilier ses principes religieux et sa passion pour le web. Pourquoi ne pas faire business de la religion ? Est-ce malsain ? Sébastien est avant-tout un passionné et fait surtout ça pour son plaisir. Il reverse d’ailleurs 70 % de son chiffre d’affaires à des associations caritatives pour la protection de l’enfance. Respect …

Mais au fait, ça fonctionne comment cette appli ? Le principe est simple : vous téléchargez une photo et elle est automatiquement bénie d’un signe de croix. On pourrait se demander si une photo a une valeur religieuse mais oui il y a bien derrière un prêtre qui, ne bénit pas individuellement la photo mais le serveur !

3ème candidat : Clément Michel et sa jeune start-up « Synhack » spécialisée dans la sécurité des données numériques. Clément souligne qu’il existe un gros manque d’éducation dans le monde numérique et surtout chez les particuliers. Pour lui, c’est l’humain qui représente la plus grosse faille de l’informatique, et plutôt que de faire de la sécurité c’est davantage de la surveillance qu’il faut faire. Les enjeux en matière de sécurité de données peuvent être conséquents or la conscience collective est trop faible pour faire appel systématiquement à cette pratique. Il faut être conscient de ce « côté obscur » du web et prendre les mesures adéquates pour s’en protéger. En gros, Synhack c’est un peu le Luke Skywalker qui se bat contre le Dark Vador du web obscur 😉 Oui, je vais un peu loin là, je vous l’accorde !

Impressions générales sur scène : Gilles Babinet est heureux de voir que des jeunes continuent à entreprendre avec un professionnalisme quasi sans failles ; quant à Eric Sadin, il craint que l’on fasse « profit de tout souffle de vie » et rentrons dans une « quantification continue de nos existences ».

Applaudissements du public qui, comme moi, a assisté à un débat fort enrichissant. Pendant 2h30 nous avons pris de la hauteur au 106 ! Timing serré, train à prendre, les deux guest-stars doivent nous quitter mais ils nous auront laissé de la matière à réfléchir sur l’usage que nous faisons du web, que ce soit au travail ou à la maison. C’est toute songeuse que je fais, moi aussi, mon dernier tour de piste au 106, en espérant  pouvoir revivre une expérience aussi intense très vite ! Ça fait tellement du bien d’être nourrie intellectuellement … Bref j’ai adoré cette première édition du NWX Summer Festival ! Vivement l’année prochaine 😉

Conférence NWX Summer Festival 2015

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