Homme vs machine : l’intelligence artificielle nous met-elle K.-O. ?
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La nouvelle édition du NWX Summer Festival, qui s’est tenue au 106 à Rouen les 28 et 29 juin derniers et à laquelle notre agence digitale s’est rendue, a été l’occasion d’en apprendre plus sur l’intelligence artificielle, mais aussi de se poser certaines questions. Ce sujet qui fait beaucoup parler en ce moment suscite encore bon nombre d’interrogations car s’il est indéniable qu’elle représente l’avenir de l’homme, certains diront qu’elle est aussi une menace. C’est une conférence en particulier qui a retenu mon attention, celle d’Olivier Ezratty. Ce consultant en stratégie de l’innovation est venu au Summer Festival pour nous expliquer quels sont les « Usages de l’IA dans l’entreprise ». Il a notamment commencé sa conférence en confrontant les capacités des machines à celles de l’homme, et c’est cette partie tout particulièrement que je vais reprendre dans cet article.  Alors dans le duel homme vs machine, qui gagnera le combat ?

Comparaison homme vs intelligence artificielle - conférence d'Olivier Ezratty

Ces domaines où la machine rivalise, voire surpasse, l’homme

Le calcul : la machine qui calcule plus vite que son ombre

Pour le moment, l’intelligence artificielle n’égale pas l’intelligence humaine. En revanche, elle en imite la logique et le fonctionnement, et à cela s’ajoutent une capacité de stockage de données et une vitesse de traitement incomparables. L’IA prend donc l’avantage sur l’homme dans de nombreux domaines, tels que le calcul. L’homme ne peut rivaliser avec la capacité de calcul mental des machines.

La mémoire : qui est le plus fort aux memory games ?

La capacité de stockage de notre cerveau est limitée, même s’il a été récemment prouvé, par l’institut californien Salk, que notre cerveau a des capacités de stockage 10 fois supérieures aux précédentes estimations. Il pourrait, en effet, stocker 1 pétaoctet de données. Cela équivaut à celle du Web. Mais ce n’est rien à côté de ce que peut stocker l’intelligence artificielle. À titre d’exemple, Google, Facebook, Amazon et Microsoft stockeraient 1 200 pétaoctets de données.

La vision : l’IA nous en met plein la vue… ou presque

L’homme possède une intelligence sensorielle grâce à la multitude de capteurs qu’il possède. Même si l’intelligence artificielle n’égale pas encore parfaitement l’acuité visuelle de l’homme, elle arrive quand même à distinguer des objets et des visages sur une image grâce à des capteurs et des caméras. Une voiture autonome a, par exemple, un champ de vision à 360°, et est capable d’anticiper des mouvements et des obstacles. Néanmoins, la vision artificielle n’est pas encore totalement aboutie. La reconnaissance faciale peut en effet être discriminante.

La vision de l’intelligence artificielle est faussée par l’existence de biais algorithmiques relatifs au genre ou à l’apparence des individus. Ces biais sont, en fait, des biais de données et ils viennent directement des données que l’homme a utilisées pour alimenter le machine learning. Quand Google Photos ou Flickr détectaient des gorilles, des animaux ou des singes à la place d’hommes et de femmes de couleur noire, cela relève d’un biais de données imputé à l’homme lui-même. Ce sont les concepteurs de ces algorithmes qui créent ces biais en alimentant la base de données par une surreprésentation d’hommes de couleur blanche. L’algorithme, qui se façonne et s’entraîne à partir de cette base inégale, se trompe alors lorsqu’il s’agit de reconnaître des femmes ou des personnes de couleur noire. Il y a, tout simplement, un manque de données.

Échecs, jeu de go ou même poker : l’homme n’est plus le maître des jeux

Déjà dans les années 50, le mathématicien Alan Turing avait imaginé l’intelligence artificielle en se demandant si une machine était capable de penser comme l’homme. Les hommes se sont alors confrontés à la machine lors de parties de Backgammon, d’Othello, de Puissance 4 ou encore de dames… les machines ont été mises à rudes épreuves. Parmi les tentatives les plus connues, on peut citer le duel aux échecs de la machine Deep Blue contre le champion du monde aux échecs Vladimir Kasparov. Si de très bons joueurs d’échecs s’étaient déjà mesurés à des ordinateurs dès les années 6o, ce match de 1997 est entré dans les annales. Le meilleur joueur d’échecs au monde avait été battu par une machine.

Depuis, l’intelligence artificielle a été améliorée, et elle est maintenant capable de battre l’homme, non seulement sur des jeux de société, mais aussi sur des jeux où le langage naturel ou les émotions entrent en jeu. En 2011, l’intelligence artificielle d’IBM, nommée Watson, a battu tous les candidats de Jeopardy!, un jeu télévisé américain. Ensuite, c’est l’IA de Google, AlphaGo, qui bat en 2015 et 2016 des champions du jeu de go, un jeu bien plus complexe que les échecs.

Récemment, l’intelligence artificielle a franchi un nouveau cap en battant un humain au poker. En maîtrisant un tel jeu à informations incomplètes et imparfaites, l’intelligence artificielle prend définitivement le dessus sur l’homme. Mais le peut-elle dans tous les domaines ? La machine peut-elle remplacer l’homme systématiquement ?

Intelligence artificielle et l'homme : comparaison pour les jeux

Ces domaines où la machine ne dépasse pas encore l’homme

L’intelligence artificielle s’immisce de plus en plus dans notre quotidien jusqu’à nous assister dans nos gestes les plus simples. Mais elle ne peut nous remplacer complètement, du moins pas pour le moment.

La conduite : c’est qui le pilote ?

L’intelligence artificielle a déjà bien investi nos véhicules qui deviennent intelligents, connectés, voire autonomes. Si la voiture peut nous faciliter la tâche lorsque l’on veut se garer, grâce au Park Assist, elle n’est pas encore complètement autonome. Certains constructeurs, notamment Mercedes, BMW et Audi, se sont lancés dans la course à l’autonomie, mais c’est Tesla qui a pris une longueur d’avance avec son Autopilot. Cependant, les accidents mortels survenus en 2016 avec une Tesla et en 2018 avec Uber nous rappellent que l’intervention d’un conducteur est indispensable.

Voiture autonome grâce à l'intelligence artificielle

La traduction : Google Traduction n’a qu’à bien se tenir

Même si l’intelligence artificielle a fait de gros progrès en termes de traduction automatique, elle ne dépasse pas encore les aptitudes des traducteurs humains dans l’exercice de la traduction. L’IA peut traduire une multitude de mots et phrases dans un grand nombre de langues grâce à une base de données gigantesque. En revanche, l’IA n’a pas encore tout à fait la capacité de traduire un contenu plus conséquent ou une phrase isolée en tenant compte du contexte, ou bien encore de saisir toutes les subtilités d’une langue : l’humour, les sous-entendus, les phrases complexes, les langues imagées (langues asiatiques) … En plus des biais culturels, l’IA est confrontée à un manque de données d’entraînement dans certaines langues, les langues les plus rares. Des progrès ont néanmoins été réalisés dans ce domaine grâce au deep learning et au recours aux réseaux de neurones artificiels, ce que Google appelle Google Neural Machine Translate (GNMT).

La détection d’émotions : montre-moi ton visage, je te dirai ce que tu ressens ?

Grâce à des capteurs, la machine est capable de détecter les apparences extérieures de nos émotions, celles qui se lisent sur notre visage. En revanche, ces capteurs ne peuvent pas comprendre l’origine de ces émotions.

Détection des émotions grâce aux capteurs de l'IA

Ces domaines où la machine n’est pas près de dépasser l’homme

Là où la machine fait de nombreux progrès pour essayer d’égaler ou de dépasser les capacités humaines, elle peut rivaliser avec l’homme. Mais il y a encore bien des domaines où la machine reste loin derrière les capacités de l’homme.

La maîtrise du langage : do you speak human ?

Maîtriser le langage ne signifie pas seulement parler une langue, il s’agit aussi de reconnaître la parole, de comprendre leur signification, d’interpréter et de retransmettre le langage. Le langage est un champ d’application de l’IA qui est très développé. Le traitement du langage couvre de nombreux domaines d’application tels que la reconnaissance vocale, les chatbots, la traduction, les agents vocaux etc. Si les avancées dans ces domaines sont notables, cela reste largement perfectible.

Si l’on prend l’exemple des chatbots, ces agents conversationnels capables de dialoguer avec des humains, on est encore loin du chatbot parfait. Pour le moment, la plupart des chatbots répondent à des questions prédéfinies en suivant des schémas de dialogue. Ils ne sont pas encore tout à fait capables de répondre à des questions ouvertes. Pour être complètement aboutis, les chatbots devraient nous duper lors de conversations ouvertes. C’est d’ailleurs le fameux test de Turing qui consiste à déterminer si l’on converse avec un ordinateur ou un avec un humain. Si, en 2014, le chatbot Eugene Goostman aurait réussi ce test, ce succès reste néanmoins contesté, de même que le test en lui-même.

Le raisonnement généraliste : avoir raison de son adversaire

Le raisonnement rationnel est le propre de l’homme qui est doué de conscience et d’intelligence. Chez la machine, le raisonnement relèverait d’une intelligence artificielle forte (Artificial General Intelligence) qui n’existe pas pour le moment.

L’agilité physique : n’est pas agile qui veut

Certains robots parviennent à se mouvoir brillamment, mais cette agilité physique est bien loin d’égaler celle de l’homme. On a, en effet, dans notre cerveau quatre fois plus de neurones qui gèrent le mouvement que de neurones qui gèrent le raisonnement. De même, Olivier Ezratty ajoute qu’un homme possède un peu moins de 700 muscles, tandis qu’un robot fonctionne avec 20 à 30 moteurs au maximum. Le robot n’est pas encore près de nous remplacer dans des domaines qui exigent beaucoup de dextérité dans des endroits inconnus pour le robot, à l’exception des robots sur des chaînes de montage.

Le bilan énergétique : batterie à plat ?

Enfin, Oliver Ezratty termine sa comparaison avec le gros point de distinction qui nous différencie des machines. Les robots et ordinateurs ont, en effet, besoin d’électricité et de batterie pour fonctionner. Seulement, la densité énergétique des batteries est très faible, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent pas stocker beaucoup d’énergie comparativement à l’homme. La graisse, les protéines ou encore les glucides ont une densité énergétique beaucoup plus importante qu’une batterie, ce qui permet à l’homme d’être autonome plus longtemps.

Dépense énergétique faible de la machine

Olivier Ezratty conclut son comparatif en expliquant qu’évidemment tout est amené à évoluer et à être amélioré, mais plus ou moins lentement. Certains domaines seront développés beaucoup plus rapidement que d’autres. Différents facteurs entrent en compte tels que des freins économiques ou éthiques. Quoi qu’il en soit, la confrontation entre les hommes et les machines ne fait que commencer. Et le débat va se poursuivre autour de la dualité et de la complémentarité entre ces derniers.

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